mardi 4 septembre 2018

Ghada Amer

Au Centre de création contemporaine (CCC) Olivier-Debré à Tours, l’artiste née au Caire en 1963 et passée par Paris et Nice (à la Villa Arson) avant de s’installer au Etats-Unis présente notamment une immense «peinture» végétale, Cactus Painting, composée de 16 000 cactus, qui se lit comme une critique de la mainmise des hommes sur l’art. Tout comme la vingtaine de toiles brodées visibles dans un espace mitoyen.
Phallus piquants. Le point commun à toutes ses œuvres, insiste-t-elle dans une vidéo, c’est de «questionner la non-présence des femmes dans la peinture» et souligner qu’elles en ont été «écartées, oubliées, effacées». C’est fait avec beaucoup d’humour dans Cactus Painting, immense tapisserie végétale qui emprunte, dans son dessin géométrique, les codes du minimalisme américain et la composition de l’Hommage au carré de Josef Albers. Les tonalités vertes et rouges des plantes, assemblées sur le mode répétition/variation, ont une magnifique harmonie et une texture enchanteresse. Mais si l’ensemble est réjouissant, c’est d’abord qu’il semble composé de minuscules phallus piquants qui sont autant de majeurs levés, dont l’espèce la plus modeste est naturellement la plus amusante - toutes ces petites boules tournées en ridicule. Il y a des années déjà, l’artiste confiait son sentiment que la peinture, au XXe siècle, était devenue «l’expression majeure de la masculinité, en particulier à travers l’abstraction».
C’est pour s’approprier ce territoire qu’en 1991, Ghada Amer s’est lancée dans la broderie sur toile, préférant à la gouache ou à l’huile un artisanat traditionnellement féminin. Ces toiles brodées sont devenues le versant le plus connu de son travail, très prisé par le marché, et dans la deuxième partie du parcours, intitulée «Dark Continent», on en retrouve une vingtaine, datées des dix dernières années. Y sont cousues des silhouettes féminines dans des postures suggestives empruntées à l’imagerie porno. Si l’on peine parfois à les voir, c’est que Ghada Amer a laissé pendre les fils au lieu de les couper. D’autres formes naissent de leur tombé, évoquant parfois les drips des expressionnistes abstraits, ces démonstrations de puissance masculine (Color Misbehavior), ou la linéarité de l’abstraction géométrique (la belle grille en noir et blanc de Through the Garden Gate) quand ils ne s’emmêlent pas avec une incroyable énergie (le furieux Red Bang, qui semble passé par un accélérateur de particules).
Laiton chromé. Tout cela est une bonne introduction, mais n’exhibe sans doute rien de très nouveau pour qui connaît déjà le travail de Ghada Amer. L’ensemble est un peu systématique, ce qui pourrait être, au choix, le reflet d’une absence de commissariat ou celui d’un travail devenu répétitif sur demande du marché.
Quant à ces petites sculptures de lapins et fleurs en laiton chromé, ils commencent par laisser songeur, car voilà bien une imagerie et un bestiaire dignes de Koons, qui sent la commande de galeriste. A y revenir, elles ont un twist bien trouvé : leur apparence leur donne l’air d’être en papier alu, matériau qui fleure l’humble et le domestique. Passage grinçant par la case cuisine.
Elisabeth Franck-Dumas Envoyée spéciale à Tours - Liberation 

mardi 28 novembre 2017

8 - Mitiarjuk Nappaaluk

ᒥᑎᐊᕐᔪᒃ ᓇᑉᐹᓗᒃ Mitiarjuk Nappaaluk



Ma mère adore raconter les mêmes histoires à l’infini. Un de ses récits familiaux que j’ai entendu mille fois concerne ma naissance. À l’hôpital où j’ai vu le jour, à Matane aux débuts des années 80, une petite fille inuite est née au même moment que moi. Pour ma mère, c’est l’histoire d’une coïncidence extraordinaire : deux petites filles voient le jour au même endroit et en même temps. Ça tient quasiment du miracle. Je ne sais pas ce qu’un bébé inuit faisait en Gaspésie cette journée-là, je ne sais pas si elle y habitait ou si sa mère n’était que de passage pour l’accouchement. À l’évidence, nous sommes peut-être nées en même temps, mais nous ne sommes pas arrivées dans le monde avec des chances égales de faire notre chemin à notre guise dans cette nouvelle vie. Descendante de colonisateurs français installés aux abords du St-Laurent depuis des siècles, je me verrais offrir, il était décidé d’entrée de jeu, davantage de possibilités de m’accomplir. Dans ce Québec qui ignore à peu près tout des nations autochtones avec qui il habite, il était plus probable que ma parole soit un jour entendue que celle de cette soeur par l’air inconnue.
Si la parole des Amérindiens et des Inuits est souvent ignorée, les opportunités pour l’entendre ne manquent pourtant pas. Pour comble d’insulte, le désintérêt des québécois francophones à l’endroit des nations autochtones est joint à une litanie de préjugés qui témoignent d’une ignorance si terrible que je n’ai pas le coeur de les énoncer.  En lisant le roman Sanaaq de l’autrice inuite Mitiarjuk Nappaaluk qui a grandi dans le village nordique de Kangiqsujuaq au Québec, près du détroit d’Hudson, je me suis demandé comment il était possible que ce livre ne fasse pas déjà partie des classiques de la littérature québécoise. Pourquoi lit-on Agaguk (1958) d’Yves Thériault et non Sanaaq ? Du temps de mes études universitaires, j’ai entendu dans un cours consacré à la littérature québécoise un professeur nous sensibiliser à la question de l’intégration des oeuvres québécoises écrites en anglais ou en yiddish dans le canon de la province. Je ne me souviens plus si nous avions aussi discuté des oeuvres en inuktitut comme Sanaaq ainsi que celles en langues algonquiennes ou iroquoiennes. Il apparait toutefois bien évident qu’une place de choix devrait leur revenir.

Une première version de Sanaaq est parue dans sa langue originale en 1984, et une autre en français en 2002 chez Stanké. L’auteure a toutefois travaillé sur le texte bien avant ces parutions, soit entre 1965 et 1969. (Je reviendrai sur le contexte particulier de rédaction.) Pour ma part, j’ai découvert le livre grâce à sa sortie en anglais en 2014 à University of Manitoba Press. Le roman raconte l’histoire de Sanaaq, une femme inuite, qui vient d’un temps qui correspond à l’enfance de Nappaaluk, quelque part dans les années trente. Les Inuits et les Blancs en sont alors à leurs premiers contacts. Sanaaq met en scène une réalité plus près de celle du documentaire controversé Nanook of the North (1922) que du magnifique film Si le temps le permet (2003) d’Elisapie Isaac qui se déroule, comme le roman, à Kangiqsujuaq. Nappaaluk évoque la vie d’Inuits qui pratiquent encore le nomadisme et qui construisent des igloos. Nous sommes donc très loin de la réalité contemporaine des villages nordiques, racontée par exemple dans Nirliit (2015) de Juliana Léveillé-Trudel.
Dès le début du récit, Sanaaq nous est présentée comme une femme qui doit prendre des décisions importantes pour son avenir. Un homme, qu’elle considère trop vieux pour elle, la convoite et elle rejette sans détour sa proposition : « Je ne me contenterai pas de n’importe quel minable ». (p. 32)  Elle prend aussi cette décision en pensant au bien-être de sa fille, Qumaq : il lui faut trouver un conjoint qui ne maltraitera pas son enfant. Ayant des doutes concernant ce prétendant, elle le refuse. Le destin lui paraît alors favorable puisqu’elle fait la rencontre de Qalingu qui lui plaît bien davantage. Malheureusement ce dernier se révélera violent à l’égard de Sanaaq vers la fin du texte, celle-ci ne sera pas laissée seule avec ses malheurs. Toute la communauté sera toutefois avec elle pour expliquer à Qalingu que sa femme n’est pas un objet sur lequel il peut se décharger de sa tristesse. À l’évidence, Nappaaluk voulait faire de son roman une oeuvre féministe apte à rendre compte de la condition particulière de ses consoeurs. Son héroïne, Sanaaq, élève sa fille en lui enseignant que le monde lui appartient et qu’elle n’a pas à se plier à la volonté d’un mari ou d’un Blanc.
Nomades, les Inuits de Sanaaq doivent vaincre chaque jour de nombreux périls pour survivre dans des conditions ardues. Les récits de pêche et de chasse abondent dans le roman. Nous découvrons avec les personnages toutes les merveilles offertes par la nature auxquelles ils ont accès. Pour pouvoir manger à leur faim tous les jours, ils doivent lutter contre un étrange ennemi qui est toujours à leur côté : le chien. Les groupes d’Inuits de Sanaaq voyagent avec une meute de chiens qui sont essentiels pour leur survie, mais en même temps, le canin est présenté comme une ombre inquiétante qui rode autour d’eux. Dès qu’ils ont le dos tourné, les chiens s’attaquent à la nourriture qu’ils viennent de préparer et laissent parfois les humains sans vives pour quelques jours. Alors que Aqiarulaaq cuisine une immense soupe pour le groupe, les chiens réussissent à s’en emparer avant les humains :  « Que c’est dommage! dit Aqiarulaaq. C’étaient mes seuls morceaux de viande… Je ne vais plus pouvoir cuisiner… » (p. 206). C’est grâce à l’entraide entre les uns et les autres qu’ils réussissent malgré tout à survire. Ils assurent que les plus faibles, les aînés et les enfants, puissent toujours être nourris même s’ils ne participent à la cueillette.
La chasse est d’ailleurs ce qui donne une place dans la communauté. Lorsqu’un garçon est assez vieux pour tuer sa première proie, il le remet à son accoucheuse en guise de remerciement à celle-ci. La jeune fille, quant à elle, ira remettre la première paire de bottes de fourrure animale qu’elle a confectionnée à son accoucheuse. Les légendes, la spiritualité et les arts sont aussi des passions qui permettent aux personnages de se réaliser. La transmission du savoir est cependant le lien le plus essentiel entre eux : « Sans les aînés, les Inuits ne sont rien, car il y a une foule de connaissances que seuls les aînés possèdent! » (p. 159) Il importe, notamment, d’écouter les enseignements des vieux pour pouvoir reconnaître les bélugas impropres à la consommation qui pourraient faire mourir la communauté puisque la viande sera partagée entre tous. Elisapie Isaac, dans son documentaire, s’attriste précisément de l’effritement de ce lien chez ses contemporains. Selon elle, une des principales conséquences des « cadeaux offerts » par les Blancs est d’avoir créé un fossé générationnel entre les grands-parents et les petits-enfants d’aujourd’hui.
Sanaaq traite de cette question de l’arrivée des Blancs qui bousculent les traditions. Le roman lui-même a d’ailleurs été écrit grâce au concours de deux hommes blancs. À l’origine du texte, il y a un prêtre, Robert Lechat, qui habite dans le Nunavik et qui demande à Nappaaluk de dresser un lexique des mots d’inuktitut. Ce document pourra lui servir à apprendre et à enseigner la langue aux Blancs. Au lieu de constituer un simple inventaire, Nappaaluk se laisse prendre au jeu et se met à écrire carrément un roman. La suite de la rédaction de Sanaaq sera assurée par un anthropologue de l’Université Laval, Bernard Saladin d’Anglure, qui est aussi l’auteur de la traduction française du texte. On sent d’ailleurs la transition entre le moment où elle écrit avec le prêtre et celui où elle rédige avec l’universitaire. Dans la deuxième partie du roman, écrite avec l’aide de l’anthropologue, Nappaaluk est plus libre que lorsqu’elle travaillait avec l’homme d’église. C’est à ce moment que l’oeuvre littéraire prend réellement son envol.  L’autrice peut alors se permettre de discuter de l’importance pour elle de la spiritualité inuite, alors qu’avec le prêtre, il lui fallait parfois porter des jugements sur sa culture, comme l’explique la postface de l’édition française. Ce qui n’empêche toutefois pas certaines pointes de révolte comme celle-ci :
« […] Et moi donc, que deviendrai-je ? Moi aussi, je mourrai comme lui, même s’il ne semble pas que je doive mourir prochainement… Je pourrai tout autant être surpris par la mort… »
Voilà les pensées de Qalingu pendant qu’il rentre chez lui. Même s’il n’a pas encore été instruit (dans le christianisme), il est toutefois capable de penser à tout cela par lui-même. (p. 89)
Nappaluk montre la profondeur philosophique et spirituelle de son personnage qui, confronté à la mort d’un proche, arrive très bien sans l’aide des Blancs à se poser des questions métaphysiques.
Immenses et inquiétants, les Blancs apparaissent pour la première fois aux Inuits dans un grand navire. Arnatuinnaq alerte le groupe en le découvrant un matin : « Ilakka! (Mes parents!) Réveillez-vous! Qu’est-ce que cette chose qui reste immobile en face de nous ? » (p. 45) De loin, effrayante, la forme du bateau ne laisse pas présager que l’embarquement est peuplé d’humains. Sanaaq qui a déjà entendu parler des Blancs rassure sa communauté. Notre héroïne, curieuse et enthousiaste, ne peut qu’accueillir d’un bon œil l’arrivée de nouvelles personnes. Nappaaluk racontre par la suite comment ceux-ci s’installent cavalièrement. Ils offrent quelques cadeaux de moindre importance, comme des boîtes de conserve vides, et profitent de l’intérêt suscité par ces petits objets pour décharger le navire des caisses énormes qu’il contient en provoquant un grand vacarme. Sitôt arrivés, sitôt ceux-ci entreprennent de construire un premier bâtiment d’habitation.
Plus tard, des missionnaires anglicans et catholiques arrivent dans la communauté de Sanaaq. Le missionnaire anglican demande aux Inuits de se méfier du missionnaire catholique, car celui-ci serait un menteur. Et ce dernier mène le même manège lorsqu’il est seul avec les Inuits et dénonce devant eux son collègue protestant. Prise au cœur d’une guerre de religions stérile où les Blancs se disputent la « foi » des Inuits, Sanaaq, avec son aplomb habituel, s’exclame : « Mais pourquoi donc l’ajuqirtuiji [missionnaire anglican] l’a-t-il [le missionnaire catholique] qualifié de trompeur. […] N’en est-il pas un lui-même ? (p. 163) Elle met ainsi fin aux débats qui commencent à faire rage chez certains de ses proches qui prennent le parti de l’un ou de l’autre homme de religion. En tentant d’arrêter le brouhaha, elle exprime son étonnement au sujet de cette tempête dans un verre d’eau : « Comment ça ? Pourquoi ? Écoutez ça! Il faudrait maintenant craindre d’être trompé! » (p.163) Les Blancs amènent la méfiance dans une communauté qui savait jusqu’alors très bien s’en passer. Le roman raconte tous les conflits de loyauté que vivent les personnages qui doivent désormais trouver leur place dans les beaux discours des prêtres et non plus par eux-mêmes.
Les épisodes de tensions entre les Blancs et les Inuits ne sont toutefois pas au coeur du récit. Le roman n’est pas un ouvrage historique qui parlent de toutes les horreurs commises par les Blancs au Nunavik. Sanaaq ne raconte pas, par exemple, les massacres de chiens d’attelage qui se sont déroulés dans les années 50 et 60 dont parle Si le temps le permet. Nappaaluk termine son roman en abordant les difficultés pour les Inuits de quitter leur village pour aller se faire soigner au Sud. (La prémisse du film de Benoît Pilon Ce qu’il faut pour vivre (2008) repose d’ailleurs sur cette problématique). Le fils de Sanaaq est malade. La seule chance qu’elle a de l’aider est de prendre le bateau des Blancs pour retourner avec eux dans leurs villes. Le projet lui déplait : « Mais ne pourrait-il pas guérir sans avoir à partir ? proteste timidement Sanaaq. » (p. 220) Effrayée à l’idée de ce voyage, elle se sauve avec son fils loin du village pour éviter leur départ imminent pour un hôpital du Sud. Nappaaluk n’explique pas les craintes de son héroïne, celles-ci vont de soi. D’un point de vue humain, il y a quelque chose de contre-nature d’accepter que la guérison doive passer par l’éloignement et le déracinement.
Sanaaq est un texte important qui nous raconte, grâce au regard d’une Inuite, la transition du nomadisme à la création des premiers villages. Nappaaluk a une situation d’écrivaine particulière, puisque contrairement aux autres femmes de sa communauté, elle a été élevée à la chasse comme un garçon en plus d’être formée aux travaux dits féminins.  Toute jeune, elle devait remplacer son père malade pour aller chercher à manger pour la famille. Son récit va bien au-delà de sa propre expérience, tout aussi riche et étonnante qu’elle soit. À la lecture de Sanaaq, il n’y a pas de doute que nous sommes devant une grande oeuvre littéraire. L’autrice inuite qui n’est pas allée à l’école et qui n’a pas lu de roman avant d’écrire le sien nous enseigne une des possibilités essentielles qu’offre la littérature : celle de donner aux sous-estimés une opportunité de répondre à tous les jugements injustes qu’on porte sur leur culture. Cette réplique pour être complète doit passer par le biais de l’imaginaire et de la fiction. Il lui faut inventer des personnages pour raconter sa communauté de la manière dont elle désire le faire. La littérature peut dire tant de choses que les autres discours, qu’ils soient politiques, historiques ou sociologiques, ne peuvent qu’à peine esquisser. Nappaaluk met tout son coeur dans sa foi pour la fiction.
À écouter : Thomas Hellman, « Sanaaq, le premier roman inuit canadien », Plus on est de fous, plus on lit!, 12 novembre 2015.
À lire : Caroline Montpetit, « Désert blanc », Le Devoir, 23 novembre 2002.

https://lebaldesabsentes.wordpress.com/2017/04/19/sanaaq-de-mitiarjuk-nappaaluk/

8 - Viviane Michel ou Olivia Lya Thomassie

Il me faudrait une féministe importante mais isolée vu sa position dans la composition. Pour le moment je voie pas trop qui pourrait etre là. J'ai assez peu de féministe asiatique et pas d'océaniennes. Peut etre aussi une féministe inuite car les femmes indigène au canada subissent beaucoup de dominations.

proposition : Olivia Lya Thomassie est une Inuite de Kangirsuk dans le Nord-du-Québec.

Olivia Lya Thomassie est une Inuite de Kangirsuk dans le Nord-du-Québec. Il y a 10 ans, elle quittait sa communauté après la mort de sa mère. Elle vit maintenant à Montréal et est devenue une jeune femme impliquée pour la défense des droits des Autochtones. Voici le portrait d'une jeune femme inspirante. Un exemple de résilience et de détermination. 
Un article de Karine MateuCourrielOlivia Lya Thomassie est née à Kuujjuaq en 1998 d'une mère inuite et d'un père non Autochtone. Elle a grandi à Kangirsuk où elle a vécu avec sa mère, mais aussi avec sa grand-mère et sa tante, comme c'est la coutume dans le Grand Nord.
Le père est retourné vivre à Montréal après avoir cherché en vain du travail dans cette petite communauté de près de 600 habitants. Amoureux du Nord, il souhaitait garder un lien avec sa famille et revenait la voir chaque année pendant plusieurs mois.
Le père et la mère d'Olivia Lya Thomassie
Le père et la mère d'Olivia Lya Thomassie   Photo : Gracieuseté
À cette époque, Olivia parlait inuktitut et fréquentait l'école comme la plupart des jeunes de son âge.
Le drame
En 2006, un soir de février, un homme avec qui la mère d'Olivia entretenait une relation houleuse a fait irruption chez elle, fou de rage et intoxiqué. Il tua sa mère.
Elle avait sept ans et venait d'être témoin de ce drame. Sa vie venait alors d'être profondément bouleversée et transformée à jamais.
Cette nuit-là, le téléphone sonna à Montréal. Le père apprenait la triste nouvelle par un ami et peu de temps après, les services sociaux lui annonçaient qu'ils avaient trouvé une famille d'accueil pour sa fille. Offusqué par cette offre, il leur annonça qu'Olivia allait vivre avec lui.
Hé ho! C'est ma fille! C'est moi le père! Ensuite, j'ai dû monter dans le village et j'ai discuté avec la famille et on l'a laissé terminer son année scolaire à Kangirsuk avec les gens pour ne pas trop la déraciner. Perdre sa mère et changer de milieu d'un coup, ça faisait beaucoup. Après, il y a eu une jeune du village qui est venue passer du temps chez nous, au début, pour ne pas la déraciner.

Le père d'Olivia, Patrice Rocheleau
Olivia Lya Thomassie
Olivia Lya Thomassie   Photo : Gracieuseté
Une nouvelle vie dans un monde inconnu
L'été suivant, Olivia allait rejoindre son père, qui ne parlait pas sa langue, et qui vivait à Montréal, une ville qu'elle connaissait peu.
En fait, je ne pensais pas que j'allais vivre chez mon père. Je pensais que j'allais seulement passer l'été et que j'allais revenir au Nord après. C'est avec le temps que j'ai compris que je n'allais plus vivre à Kangirsuk pendant un bout. J'étais vraiment triste. Je n'avais pas beaucoup d'amis. Je me sentais seule.

Olivia Lya Thomassie
Olivia et son père
Olivia et son père
À son arrivée à Montréal, Olivia commença l'école dans une classe d'accueil pour les nouveaux arrivants afin d'apprendre le français. Tranquillement, elle s'est habituée à son nouvel environnement, surtout grâce aux femmes de l'entourage de son père.
Touchées par le drame vécu par cette jeune enfant, la mère de Patrice, ses soeurs et amies ont offert leur soutien.
L'aide, c'était ma présence. C'était la préparation des repas. Olivia venait souvent chez moi et j'allais la chercher à l'école. J'aidais aussi Olivia avec des activités créatives. On s'amusait, on dessinait. C'était seulement d'avoir une présence féminine dans la vie de Patrice et Olivia.

Une amie du père d'Olivia, Marie-Julie Watkins
Le procès et le retour à Kangirsuk
Un peu moins de deux ans après la mort tragique de sa mère, Olivia a dû retourner dans le Nord pour le procès du meurtrier.
Âgée de 10 ans, elle a témoigné contre l'homme qui avait enlevé la vie de sa mère et raconta les événements de ce soir tragique. C'était la première fois qu'elle retournait dans le Nord.
On a dû aller à Kuujjuaq pour deux jours pour le procès. Si ça se passait bien, on allait retourner dans mon village. Je me sentais mieux, alors on y est allé. Il [le meurtrier] a eu 25 ans de prison.

Olivia Lya Thomassie
Comme l'explique son père, c'était la première fois qu'un jury inuit condamnait un des siens à perpétuité en haut du 60e parallèle, et ce, dans toute l'histoire de la justice québécoise.
Depuis le procès, Olivia est retournée dans sa communauté une à deux fois par année.
L'avenir
Aujourd'hui, Olivia a 17 ans et termine son secondaire cette année. Elle a été acceptée au Cégep du Vieux-Montréal en Arts, lettres et communication, où elle fera son entrée en septembre.
Olivia Lya Thomassie
Olivia Lya Thomassie   Photo : Gracieuseté
Déjà, elle affirme, après ses études, vouloir retourner dans sa communauté et y travailler comme journaliste pour la compagnie du Nord, Nunatsiaq News. Elle aimerait aussi fonder un Wapikoni mobile, un studio ambulant de création musicale et cinématographique, pour son village. « Pour que les jeunes puissent avoir un outil pour transmettre ce qu'ils veulent dire ou des trucs qu'ils voudraient partager », dit-elle.
Questionnée sur son identité, Olivia affirme se sentir Inuite avant tout.
Je me suis toujours sentie Inuite parce que j'ai grandi là-bas et chaque fois que j'y retourne, on me dit que je fais partie de la famille. Quand j'arrive ici, on me dit tellement de niaiseries sur les Autochtones que je ne me sens pas accueillie par les Québécois...

Olivia Lya Thomassie
Elle affirme cependant ne plus parler l'inuktitut, ce qui l'attriste. Elle doit parler en anglais avec sa famille et ses amis du Nord.
Olivia Lya Thomassie
Olivia Lya Thomassie   Photo : Gracieuseté
Défendre les droits des Autochtones
La jeune femme se dit féministe et milite pour défendre les droits des Autochtones. Elle affirme qu'il y a encore beaucoup de préjugés.
On me demande encore si je vis dans un igloo et autres choses énervantes... Au début, ça ne me dérangeait pas, mais là, ça fait 10 ans, je suis tannée [...] Je voudrais aussi que les gens comprennent que ça blesse.

Olivia Lya Thomassie
Olivia a d'ailleurs participé à deux capsules sur les droits des Autochtones réalisées par le Centre Montréal Autochtones en collaboration avec Wapikoni mobile.
Elle affirme avoir une conscience des enjeux politiques et sociaux à cause de son passé et des valeurs que son père lui a transmises. Celui-ci le confirme. Patrice Rocheleau a toujours voulu que sa fille soit fière de ses origines.
Je voulais qu'elle soit argumentée, parce que je voulais qu'elle soit capable de se défendre. Je ne peux pas toujours être là et lorsqu'elle se promène dans la vie, il faut qu'elle soit capable d'être porteuse de sa défense et de la défense de sa nation. Avec le temps, elle m'a vu aller et elle a pris la relève. Elle a le bagage.

Le père d'Olivia, Patrice Rocheleau
Des solutions...
Olivia croit qu'il y a beaucoup à faire pour éviter que des drames comme celui qu'a connu sa mère se produisent, mais qu'il y a des solutions.
« Je crois que s'il n'y avait pas eu des problèmes d'éducation ou des problèmes de racisme systémiques, je suis sûre qu'il n'y aurait vraiment pas beaucoup de femmes autochtones disparues ou assassinées. Si on offrait à ces personnes-là de l'aide, comme des ressources ajustées à leur mode de vie, par exemple... Au Nord, il y a des psychologues, il y a des infirmiers, mais ils sont blancs, Québécois, ils ne parlent pas la langue et ils ne connaissent pas la réalité des gens qui vivent là-bas », estime-t-elle.
Elle constate aussi que de plus en plus de jeunes se prennent en main. « Je vois de plus en plus de jeunes qui veulent du changement et je vois des amies qui veulent continuer les études ou les reprendre, qui vivent beaucoup plus en santé et qui font du sport », dit-elle.
Olivia Lya Thomassie et d'autres enfants du village de Kangirsuk
Olivia Lya Thomassie et d'autres enfants du village de Kangirsuk   Photo : Gracieuseté
Son père, Patrice Rocheleau, croit aussi que les gens sont plus ouverts à entendre la réalité des Premières Nations. Il voit aussi d'un bon oeil les mesures annoncées par le gouvernement fédéral.
« Moi, j'ai confiance. L'ère Harper est partie. Harper qui ne voulait rien savoir des Premières Nations... Là, au moins, il y a quelqu'un qui est intéressé à ce qui se passe de quoi [sic]. On verra ce que ça donnera comme résultats, mais il y a une ouverture. Les gens veulent se parler, dialoguer et il [le gouvernement] leur laisse la parole. Ce n'est pas le gouvernement Trudeau qui va décider ce que les Autochtones ont besoin. Les Autochtones vont se rencontrer et vont décider ce qu'ils veulent pour répondre à leurs besoins, sortir de cette crise-là », conclut-il.



Ou alors Viviane Michel, présidente de Femmes autochtones du Québec


C'est pour exiger la tenue d'une commission d'enquête nationale sur les causes de la disparition et du meurtre de femmes autochtones que des manifestations seront tenues samedi dans plusieurs villes du Canada, dont Montréal, et aussi ailleurs dans le monde.
Les manifestants réclament également aux gouvernements un plan d'action national pour venir en aide aux femmes autochtones.
Selon Viviane Michel, présidente de Femmes autochtones du Québec, il est primordial que les femmes, les familles et les communautés autochtones puissent être entendues dans le cadre d'une commission. Elle ajoute que «comprendre les racines profondes de la discrimination systémique à laquelle font face les femmes autochtones est un devoir pour faire respecter leur dignité et leur sécurité».
Béatrice Vaugrante, directrice générale d'Amnistie internationale Canada francophone, souligne de son côté que de nombreuses tribunes de l'ONU, des États-Unis et du Royaume-Uni ont demandé au Canada de mettre fin à la violence faite aux femmes autochtones. Selon elle, il s'agit du dossier le plus lourd en matière de droits de la personne auquel doit faire face le Canada, et il est inacceptable que le gouvernement n'en reconnaisse pas l'ampleur et n'agisse pas.
Des données de la GRC publiées cette année révèlent que les femmes et les filles des Premières Nations, les Métisses et les Inuit sont plus à risque que tout autre groupe de femmes au Canada. À titre d'exemple, 1017 femmes et filles autochtones ont disparu ou ont été assassinées entre 1980 et 2012. De plus, on est toujours sans nouvelles de 105 femmes qui ont disparu dans des circonstances inexpliquées ou suspectes.
Au cours de la dernière décennie, alors que le taux d'homicide est en baisse partout au Canada, le nombre de femmes et de filles autochtones assassinées est six fois plus élevé que chez les non autochtones.
À Montréal, plusieurs organisations ont lancé un appel à la mobilisation pour participer à la vigile, samedi soir, dont la Fédération des femmes du Québec.

57 - Audre Lorde

Comme Butler devrait etre en 7, je pense qu'Audre Lorde ne devrais pas etre loin car elle fait partie des théoricienne de la performance du genre. 20 et 21 pourraient etre des féministes queer LBTI.

L'Athénée des Femmes

J'ai trouvé le titre. Mieux que l'école d'Athéna, L'Athénée des Femmes est le titre d'un revue féministe Saint-Simonnienne crée par Eugénie Niboyet en 1834.Ci dessous elle est portraituré par Nadar.



9 - Laverne Cox



A la place du personnage qui pourrait etre Hypatie je voudrais mettre un·e trans-féministe racisé·e. Peut etre Marsha P.Johnson si elle était féministe ou Laverne Cox qui l'est.




 Ielle jouxterais Bell hooks qui pourrait être en N°7.
Hypatie n'est pas une féministe à proprement dit, même si ces actions et son martyre par les chrétiens ainsi que sa récupération par ceux ci sous le personnage de Sainte Catherine (celle des Catherinettes!) peuvent tout de même faire d'elle une féministe.
Si je fait figuré Hypatie c'est plutot du coté droite où se trouverons les scientifiques et pionnières.