Elle adore la France, son esprit révolutionnaire et ses
croissants mais ne supporte pas la moindre entorse à sa devise
républicaine. «"Liberté, égalité, fraternité" sont des principes qui
m’attirent énormément mais quand je vois qu’ils ne sont pas appliqués,
je critique.» Dans un café parisien près de la statue de la place
de la République, allégorie féminine de ces beaux principes, Joan Scott,
la plus française des historiennes américaines, se montre aussi affable
que sa volonté d’interroger les a priori historiques est implacable.
Pourquoi la «patrie des droits de l’homme» a-t-elle si longtemps exclu
les femmes de la citoyenneté ? Pourquoi l’identité française est-elle
liée à des règles de galanterie d’un autre âge, masquant des inégalités
de pouvoir ? Pourquoi la patrie de Voltaire est-elle aujourd’hui obsédée
par le voile musulman ?
Pas de chance pour la République tricolore fière de sa laïcité,
jalouse de ses règles de séduction, cette spécialiste internationalement
reconnue de la théorie féministe et du genre, professeure émérite de
l’Institute for Advanced Study à Princeton, a pour terrain de recherches
la France et son républicanisme chevillé au corps. Dans son dernier
livre, qui vient de paraître chez Flammarion, elle s’attaque au cœur
même du dispositif : la laïcité. Qui, selon elle, est devenue, «la
religion de la laïcité», titre du livre. Provocation ? Elle assume.
Coupe courte, cheveux blancs, deux fines créoles argentées aux oreilles,
l’historienne de 77 ans - qui ne les fait pas - dégage la vivacité de
ceux qui transgressent avec intelligence.(un homme n'aurais pas eu ces remarques sur le physique et il n'y aurais pas non plus cette précision "qui ne les fait pas" comme si c'était un complient. J'avoue être dubitative devant la mention de son intelligence, quant on parle d'une historienne de Princtone, est-ce utile ? ) «La laïcité est devenue une idéologie pure et dure, bien loin de l’esprit démocratique de 1905»,
dit-elle. Son constat part d’un énervement : après les attentats de
2015, elle est stupéfaite d’entendre des politiques, de Manuel Valls à
Nicolas Sarkozy, affirmer que l’égalité de genre est une «valeur primordiale de la démocratie au moins depuis la Révolution française».
Elle, qui a travaillé sur les féministes françaises, sait que la patrie
les a souvent persécutées : la révolutionnaire Olympe de Gouges a fini
sur l’échafaud, la suffragette du début du XXe siècle
Hubertine Auclert fut déclarée hystérique, et sa contemporaine, la
radicale Madeleine Pelletier, enfermée dans un asile. Dans une pirouette
théorique, dont elle seule a le secret, Joan Scott soutient ce qui est
rarement mentionné : c’est l’inégalité des sexes, et non l’égalité, qui
est au fondement de la laïcité !
Une laïcité qui exclut
On pourrait vite la classer énième figure du féminisme américain
nourri au multiculturalisme local, démocrate défendant l’intérêt
individuel, oubliant le poids symboliques des institutions. Par son
parcours intellectuel et son travail pionnier sur le genre dans le champ
historique, elle déjoue la caricature facile. Ce qui l’intéresse, c’est
de démontrer l’historicité de la laïcité, son utilisation évolutive,
opportuniste et de circonstance. Dès la Révolution de 1789, dit-elle, la
citoyenneté s’établit en excluant les femmes, une façon de résoudre le
problème de la «troublante présence de la différence des sexes».
Et sur les fonds baptismaux de la loi de 1905, la laïcité se fonde sur
cette naturalisation de la différence des sexes, renvoyant les femmes à
l’espace privé et, comble du sort, à la religion ! «L’inégalité de genre a été fondamentale pour la formulation de
la séparation de l’Eglise et de l’Etat, entre public et privé, qui
inaugure la modernité occidentale», affirme Joan Scott dans son
essai. De 1905 à 2005, le Conseil d’Etat, garant de la bonne application
de la loi, ne lie pas la définition de la laïcité à l’égalité des
sexes. Ce n’est qu’avec les premiers cas de voile à l’école, à la fin
des années 80, que le principe d’égalité de genre commence à être
invoqué comme garantie de liberté. Pour mieux renvoyer l’islam à
l’oppression ? C’est l’analyse la plus polémique du dernier essai de
Joan Scott. «Cette assertion historiquement fausse est utilisée pour
justifier les prétentions de supériorité raciale et religieuse des
Blancs de l’Occident et du christianisme», écrit l’historienne. Et quitte à choquer plus d’un républicain sincère, elle poursuit impitoyablement : «Il
y a un problème d’islamophobie en France. Un racisme non avoué qui date
des années coloniales, de la mission civilisatrice à laquelle la France
a participé et qui, à la fin, exclut pour des raisons racialisées les
personnes qui doivent être des citoyens de la République. Ils sont des
citoyens à mi-temps, comme les Noirs américains chez nous. Avec la
question de l’immigration, il y a eu une crispation de la France.
Comment intégrer des personnes qui sont un défi à une nation homogène ?
Au lieu de travailler avec la différence de ces nouveaux citoyens, on
les relègue, on les exclut.»
Sonder la psyché de la République
Toute l’originalité du travail de Joan Scott est «de retourner le regard»,
explique le sociologue Eric Fassin, américaniste spécialiste des
questions sexuelles (1). C’est la laïcité dans ses principes et ses
discours que Joan Scott interroge, pas l’islam dont elle n’a pas
spécialiste - elle le précise bien dans son essai. Telle une
psychanalyste de la nation, elle sonde la psyché de la République,
mettant à jour contradictions et manquements de l’universalisme
français. «Dans ce pays, dit-elle, l’histoire du
républicanisme est liée à une conception tellement affirmée de
l’universalité de l’individu abstrait que la question des différences y
est toujours difficile à soulever.»
Au moment de l’affaire du Sofitel en 2011, elle se met à dos
certaines intellectuelles françaises, comme l’historienne Mona Ozouf ou
la spécialiste de la littérature Claude Habib, qui défendent DSK au nom
d’une exception galante. Dans un article cinglant, elle leur reproche de
sous-estimer les structures inégalitaires de la galanterie : la
séduction comme trait d’identité nationale française est un mythe, leur
renvoie-t-elle. «Joan Scott met à mal les mythologies contemporaines de l’universalisme français», observe l’historienne Clyde Plumauzille.
D’une certaine façon, elle est l’amie la plus intransigeante et
aimante de la République. Jeune Américaine lisant le français dans les
années 50, elle développe un intérêt - singulier pour ce pays - pour
Louis Blanc et la révolution de 1848 auxquels elle consacre un mémoire
de fac. «J’ai appris le français car il était impensable dans une famille juive des années 50 de faire de l’allemand», raconte-t-elle.
De toutes les avant-gardes
Elle vit à Brooklyn, «bébé aux couches rouges», comme on
dénomme les enfants dont les parents sont engagés à gauche. Son père et
sa mère sont professeurs d’histoire, famille laïque juive, originaire de
Pologne et de Russie. «En 1953, mon père, victime du maccarthysme, a été renvoyé du lycée.»
C’est l’acte fondateur de son engagement. A la fac, elle étudie et
milite. Sur une photo en noir et blanc datant de 1963, on la voit seule à
une tribune, poings sur les hanches, s’adresser aux étudiants de
l’université du Wisconsin mobilisés contre la guerre au Vietnam. Elle
est de toutes les avant-gardes théoriques. L’histoire sociale devient un
nouveau champ de recherches, elle s’y engouffre pour sa thèse qu’elle
consacre aux verriers de Carmaux. En 1967, elle passe neuf mois à Albi à
fouiller les greniers des familles de syndicalistes à la recherche
d’archives inédites. Elle aime Paris aussi… «Mon fils Tony parlait français avec l’accent d’Albi, je le vois encore jouer au parc du Luxembourg !» La révolte pointe son nez, mais elle est obligée de quitter la capitale à la veille de Mai. «Cela a été terrible de louper un tel moment de l’histoire française !»
Pionnière, Joan Scott l’est aussi quand elle est nommée au début de sa carrière en 1972 à Northwestern University. «J’étais la première femme professeure au département d’histoire !»
Le féminisme est alors dans la rue et fait trembler les universités et
leurs académismes. Joan Scott n’est pas militante féministe mais les
étudiantes demandent de produire une histoire des femmes. «On disait "her story", se souvient-elle. Trop heureux de ne pas s’y coller, mes collègues masculins m’ont poussée à entreprendre ce travail.»
Avec l’historienne Louise Tilly, elle entame une nouvelle
historiographie autour d’un sujet alors peu documenté dans le monde
ouvrier, celui des femmes et du travail féminin. Très vite, la grille de
lecture marxiste lui apparaît limitée pour comprendre la continuité
historique des inégalités hommes-femmes. Et plus encore pour saisir
l’incroyable insistance des différences naturelles, biologiques et
culturelles. Raconter des faits historiques ne lui suffit plus.
Le genre, une révélation
C’est à la prestigieuse Brown University, où elle enseigne, au début
des années 80, l’histoire de la France et celle des femmes, qu’elle
s’attaque à un sommet théorique : Qu’est-ce que la différence des sexes ?
Là, elle collabore avec des chercheuses féministes rompues au
post-structuralisme de Barthes, Foucault et Derrida, ou au féminisme
français d’Hélène Cixous et Julia Kristeva. Joan Scott est la seule
historienne du groupe. «Ce fut une révélation. La discipline même de
l’histoire a sa propre histoire, ce qui implique de changer les
concepts, et d’interroger les catégories qui semblaient jusque-là
naturelles.»
D’historienne classique, elle devient intellectuelle critique,
théoricienne du féminisme. Homme, femme, citoyenneté, République,
hétérosexualité, Noir, Blanc : pour craquer ces évidences dans la
production du récit historique, elle fabrique des concepts et des
méthodes. «Cela a été un moment difficile, avoue-t-elle, j’ai eu peur de ne pas avoir la capacité de tenir un tel chantier conceptuel.»
En 1986, elle publie un article intitulé «Genre : une catégorie utile
d’analyse historique», qui fera date, liant deux champs qui s’ignorent
jusque-là. Avec Joan Scott, l’histoire rencontre le genre. «Le genre, dit-elle, n’est
pas un problème qui a trait à la simple présence ou absence des femmes
mais bien plus une façon de montrer comment la différence des sexes est
utilisée pour signifier toutes sortes d’autres différences (raciales,
religieuses, impériales ou civilisationnelles) et pour établir des
hiérarchies en elles et entre elles.» Son objet est de bien
comprendre, via Foucault, Derrida et, plus tardivement, la psychanalyse,
comment s’opère la différence des sexes pour produire ces inégalités.
Elle aimait l’histoire, cela devient une passion. Pour ses compatriotes,
elle devient «une féministe à la française».
Dans un ouvrage remarquable, la Citoyenne paradoxale, publié
en France en 1998, elle met à jour l’ontologique contradiction qui
fonde le féminisme : les femmes sont obligées de revendiquer en tant que
femmes, justement pour ne plus être traitées comme telles, mais des
êtres égaux. «Le genre pour Joan Scott est une question, pas une réponse, analyse Bruno Perreau, professeur au Massachusetts Institute of Technology (2). Elle est même critique par rapport aux études qui sont trop peu réflexives.»
Historienne critique du temps présent, chercheuse protéiforme et
libre, Joan Scott a formé des générations d’historiennes et historiens,
rappelle Bruno Perreau. En retraite depuis 2014, elle habite toujours
Princeton et continue de travailler à l’université où elle a, à sa
disposition, bureau et bibliothèque. Sa vie en somme. Elle vient de
recevoir, en septembre, le prix international Edgar-de-Picciotto qui
récompense «une personnalité universitaire de renommée
internationale ayant contribué à une meilleure compréhension des défis
mondiaux et dont les travaux ont influencé les décideurs politiques». Avant elle, il y eut Paul Krugman ou Amartya Sen, économistes nobélisés. «Au fond, dit-elle modestement, ma question a toujours été celle des rapports de force asymétriques. Et l’inégalité entre les sexes en est la matrice.»
Au Centre de création contemporaine (CCC) Olivier-Debré à Tours,
l’artiste née au Caire en 1963 et passée par Paris et Nice (à la Villa
Arson) avant de s’installer au Etats-Unis présente notamment une immense
«peinture» végétale, Cactus Painting, composée de 16
000 cactus, qui se lit comme une critique de la mainmise des hommes sur
l’art. Tout comme la vingtaine de toiles brodées visibles dans un espace
mitoyen.
Phallus piquants. Le point commun à toutes ses œuvres, insiste-t-elle dans une vidéo, c’est de «questionner la non-présence des femmes dans la peinture» et souligner qu’elles en ont été «écartées, oubliées, effacées». C’est fait avec beaucoup d’humour dans Cactus Painting,
immense tapisserie végétale qui emprunte, dans son dessin géométrique,
les codes du minimalisme américain et la composition de l’Hommage au carré
de Josef Albers. Les tonalités vertes et rouges des plantes, assemblées
sur le mode répétition/variation, ont une magnifique harmonie et une
texture enchanteresse. Mais si l’ensemble est réjouissant, c’est d’abord
qu’il semble composé de minuscules phallus piquants qui sont autant de
majeurs levés, dont l’espèce la plus modeste est naturellement la plus
amusante - toutes ces petites boules tournées en ridicule. Il y a des
années déjà, l’artiste confiait son sentiment que la peinture, au XXe siècle, était devenue «l’expression majeure de la masculinité, en particulier à travers l’abstraction».
C’est pour s’approprier ce territoire qu’en 1991, Ghada Amer s’est
lancée dans la broderie sur toile, préférant à la gouache ou à l’huile
un artisanat traditionnellement féminin. Ces toiles brodées sont
devenues le versant le plus connu de son travail, très prisé par le
marché, et dans la deuxième partie du parcours, intitulée «Dark
Continent», on en retrouve une vingtaine, datées des dix dernières
années. Y sont cousues des silhouettes féminines dans des postures
suggestives empruntées à l’imagerie porno. Si l’on peine parfois à les
voir, c’est que Ghada Amer a laissé pendre les fils au lieu de les
couper. D’autres formes naissent de leur tombé, évoquant parfois les drips des expressionnistes abstraits, ces démonstrations de puissance masculine (Color Misbehavior), ou la linéarité de l’abstraction géométrique (la belle grille en noir et blanc de Through the Garden Gate) quand ils ne s’emmêlent pas avec une incroyable énergie (le furieux Red Bang, qui semble passé par un accélérateur de particules). Laiton chromé. Tout cela est
une bonne introduction, mais n’exhibe sans doute rien de très nouveau
pour qui connaît déjà le travail de Ghada Amer. L’ensemble est un peu
systématique, ce qui pourrait être, au choix, le reflet d’une absence
de commissariat ou celui d’un travail devenu répétitif sur demande du
marché.
Quant à ces petites sculptures de lapins et fleurs en laiton chromé,
ils commencent par laisser songeur, car voilà bien une imagerie et un
bestiaire dignes de Koons, qui sent la commande de galeriste. A y
revenir, elles ont un twist bien trouvé : leur apparence leur donne
l’air d’être en papier alu, matériau qui fleure l’humble et le
domestique. Passage grinçant par la case cuisine. Elisabeth Franck-Dumas Envoyée spéciale à Tours - Liberation
Ma mère adore raconter les mêmes histoires à l’infini. Un de ses
récits familiaux que j’ai entendu mille fois concerne ma naissance. À
l’hôpital où j’ai vu le jour, à Matane aux débuts des années 80, une
petite fille inuite est née au même moment que moi. Pour ma mère, c’est
l’histoire d’une coïncidence extraordinaire : deux petites filles voient
le jour au même endroit et en même temps. Ça tient quasiment du
miracle. Je ne sais pas ce qu’un bébé inuit faisait en Gaspésie cette
journée-là, je ne sais pas si elle y habitait ou si sa mère n’était que
de passage pour l’accouchement. À l’évidence, nous sommes peut-être nées
en même temps, mais nous ne sommes pas arrivées dans le monde avec des
chances égales de faire notre chemin à notre guise dans cette nouvelle
vie. Descendante de colonisateurs français installés aux abords du
St-Laurent depuis des siècles, je me verrais offrir, il était décidé
d’entrée de jeu, davantage de possibilités de m’accomplir. Dans ce
Québec qui ignore à peu près tout des nations autochtones avec qui il
habite, il était plus probable que ma parole soit un jour entendue que
celle de cette soeur par l’air inconnue.
Si la parole des Amérindiens et des Inuits est souvent ignorée, les
opportunités pour l’entendre ne manquent pourtant pas. Pour comble
d’insulte, le désintérêt des québécois francophones à l’endroit des
nations autochtones est joint à une litanie de préjugés qui témoignent
d’une ignorance si terrible que je n’ai pas le coeur de les énoncer. En
lisant le roman Sanaaq de l’autrice inuite Mitiarjuk Nappaaluk
qui a grandi dans le village nordique de Kangiqsujuaq au Québec, près
du détroit d’Hudson, je me suis demandé comment il était possible que ce
livre ne fasse pas déjà partie des classiques de la littérature
québécoise. Pourquoi lit-on Agaguk (1958) d’Yves Thériault et non Sanaaq
? Du temps de mes études universitaires, j’ai entendu dans un cours
consacré à la littérature québécoise un professeur nous sensibiliser à
la question de l’intégration des oeuvres québécoises écrites en anglais
ou en yiddish dans le canon de la province. Je ne me souviens plus si
nous avions aussi discuté des oeuvres en inuktitut comme Sanaaq ainsi
que celles en langues algonquiennes ou iroquoiennes. Il apparait
toutefois bien évident qu’une place de choix devrait leur revenir.
Une première version de Sanaaq est parue dans sa langue
originale en 1984, et une autre en français en 2002 chez Stanké.
L’auteure a toutefois travaillé sur le texte bien avant ces parutions,
soit entre 1965 et 1969. (Je reviendrai sur le contexte particulier de
rédaction.) Pour ma part, j’ai découvert le livre grâce à sa sortie en
anglais en 2014 à University of Manitoba Press. Le roman raconte
l’histoire de Sanaaq, une femme inuite, qui vient d’un temps qui
correspond à l’enfance de Nappaaluk, quelque part dans les années
trente. Les Inuits et les Blancs en sont alors à leurs premiers
contacts. Sanaaq met en scène une réalité plus près de celle du documentaire controversé Nanook of the North (1922) que du magnifique film Si le temps le permet (2003)
d’Elisapie Isaac qui se déroule, comme le roman, à
Kangiqsujuaq. Nappaaluk évoque la vie d’Inuits qui pratiquent encore le
nomadisme et qui construisent des igloos. Nous sommes donc très loin de
la réalité contemporaine des villages nordiques, racontée par exemple
dans Nirliit (2015) de Juliana Léveillé-Trudel.
Dès le début du récit, Sanaaq nous est présentée comme une femme qui
doit prendre des décisions importantes pour son avenir. Un homme,
qu’elle considère trop vieux pour elle, la convoite et elle rejette sans
détour sa proposition : « Je ne me contenterai pas de n’importe quel
minable ». (p. 32) Elle prend aussi cette décision en pensant au
bien-être de sa fille, Qumaq : il lui faut trouver un conjoint qui ne
maltraitera pas son enfant. Ayant des doutes concernant ce prétendant,
elle le refuse. Le destin lui paraît alors favorable puisqu’elle fait la
rencontre de Qalingu qui lui plaît bien davantage. Malheureusement ce
dernier se révélera violent à l’égard de Sanaaq vers la fin du texte,
celle-ci ne sera pas laissée seule avec ses malheurs. Toute la
communauté sera toutefois avec elle pour expliquer à Qalingu que sa
femme n’est pas un objet sur lequel il peut se décharger de sa
tristesse. À l’évidence, Nappaaluk voulait faire de son roman une oeuvre
féministe apte à rendre compte de la condition particulière de ses
consoeurs. Son héroïne, Sanaaq, élève sa fille en lui enseignant que le
monde lui appartient et qu’elle n’a pas à se plier à la volonté d’un
mari ou d’un Blanc.
Nomades, les Inuits de Sanaaq doivent vaincre chaque jour de
nombreux périls pour survivre dans des conditions ardues. Les récits de
pêche et de chasse abondent dans le roman. Nous découvrons avec les
personnages toutes les merveilles offertes par la nature auxquelles ils
ont accès. Pour pouvoir manger à leur faim tous les jours, ils doivent
lutter contre un étrange ennemi qui est toujours à leur côté : le chien.
Les groupes d’Inuits de Sanaaq voyagent avec une meute de
chiens qui sont essentiels pour leur survie, mais en même temps, le
canin est présenté comme une ombre inquiétante qui rode autour d’eux.
Dès qu’ils ont le dos tourné, les chiens s’attaquent à la nourriture
qu’ils viennent de préparer et laissent parfois les humains sans vives
pour quelques jours. Alors que Aqiarulaaq cuisine une immense soupe pour
le groupe, les chiens réussissent à s’en emparer avant les humains : «
Que c’est dommage! dit Aqiarulaaq. C’étaient mes seuls morceaux de
viande… Je ne vais plus pouvoir cuisiner… » (p. 206). C’est grâce à
l’entraide entre les uns et les autres qu’ils réussissent malgré tout à
survire. Ils assurent que les plus faibles, les aînés et les enfants,
puissent toujours être nourris même s’ils ne participent à la
cueillette.
La chasse est d’ailleurs ce qui donne une place dans la communauté.
Lorsqu’un garçon est assez vieux pour tuer sa première proie, il le
remet à son accoucheuse en guise de remerciement à celle-ci. La jeune
fille, quant à elle, ira remettre la première paire de bottes de
fourrure animale qu’elle a confectionnée à son accoucheuse. Les
légendes, la spiritualité et les arts sont aussi des passions qui
permettent aux personnages de se réaliser. La transmission du savoir est
cependant le lien le plus essentiel entre eux : « Sans les aînés, les
Inuits ne sont rien, car il y a une foule de connaissances que seuls les
aînés possèdent! » (p. 159) Il importe, notamment, d’écouter les
enseignements des vieux pour pouvoir reconnaître les bélugas impropres à
la consommation qui pourraient faire mourir la communauté puisque la
viande sera partagée entre tous. Elisapie Isaac, dans son documentaire,
s’attriste précisément de l’effritement de ce lien chez ses
contemporains. Selon elle, une des principales conséquences des «
cadeaux offerts » par les Blancs est d’avoir créé un fossé générationnel
entre les grands-parents et les petits-enfants d’aujourd’hui. Sanaaq traite de cette question de l’arrivée des Blancs qui
bousculent les traditions. Le roman lui-même a d’ailleurs été écrit
grâce au concours de deux hommes blancs. À l’origine du texte, il y a un
prêtre, Robert Lechat, qui habite dans le Nunavik et qui demande
à Nappaaluk de dresser un lexique des mots d’inuktitut. Ce document
pourra lui servir à apprendre et à enseigner la langue aux Blancs. Au
lieu de constituer un simple inventaire, Nappaaluk se laisse prendre au
jeu et se met à écrire carrément un roman. La suite de la rédaction de Sanaaq sera
assurée par un anthropologue de l’Université Laval, Bernard Saladin
d’Anglure, qui est aussi l’auteur de la traduction française du texte.
On sent d’ailleurs la transition entre le moment où elle écrit avec le
prêtre et celui où elle rédige avec l’universitaire. Dans la deuxième
partie du roman, écrite avec l’aide de l’anthropologue, Nappaaluk est
plus libre que lorsqu’elle travaillait avec l’homme d’église. C’est à ce
moment que l’oeuvre littéraire prend réellement son envol. L’autrice peut
alors se permettre de discuter de l’importance pour elle de la
spiritualité inuite, alors qu’avec le prêtre, il lui fallait parfois
porter des jugements sur sa culture, comme l’explique la postface de
l’édition française. Ce qui n’empêche toutefois pas certaines pointes de
révolte comme celle-ci :
« […] Et moi donc, que deviendrai-je ? Moi aussi, je
mourrai comme lui, même s’il ne semble pas que je doive mourir
prochainement… Je pourrai tout autant être surpris par la mort… »
Voilà les pensées de Qalingu pendant qu’il rentre chez lui. Même s’il
n’a pas encore été instruit (dans le christianisme), il est toutefois
capable de penser à tout cela par lui-même. (p. 89)
Nappaluk montre la profondeur philosophique et spirituelle de son
personnage qui, confronté à la mort d’un proche, arrive très bien sans
l’aide des Blancs à se poser des questions métaphysiques.
Immenses et inquiétants, les Blancs apparaissent pour la première
fois aux Inuits dans un grand navire. Arnatuinnaq alerte le groupe en le
découvrant un matin : « Ilakka! (Mes parents!) Réveillez-vous!
Qu’est-ce que cette chose qui reste immobile en face de nous ? » (p.
45) De loin, effrayante, la forme du bateau ne laisse pas présager que
l’embarquement est peuplé d’humains. Sanaaq qui a déjà entendu parler
des Blancs rassure sa communauté. Notre héroïne, curieuse et
enthousiaste, ne peut qu’accueillir d’un bon œil l’arrivée de nouvelles
personnes. Nappaaluk racontre par la suite comment ceux-ci s’installent
cavalièrement. Ils offrent quelques cadeaux de moindre importance, comme
des boîtes de conserve vides, et profitent de l’intérêt suscité par ces
petits objets pour décharger le navire des caisses énormes qu’il
contient en provoquant un grand vacarme. Sitôt arrivés, sitôt ceux-ci
entreprennent de construire un premier bâtiment d’habitation.
Plus tard, des missionnaires anglicans et catholiques arrivent dans
la communauté de Sanaaq. Le missionnaire anglican demande aux Inuits de
se méfier du missionnaire catholique, car celui-ci serait un menteur. Et
ce dernier mène le même manège lorsqu’il est seul avec les Inuits et
dénonce devant eux son collègue protestant. Prise au cœur d’une guerre
de religions stérile où les Blancs se disputent la « foi » des Inuits,
Sanaaq, avec son aplomb habituel, s’exclame : « Mais pourquoi donc l’ajuqirtuiji [missionnaire
anglican] l’a-t-il [le missionnaire catholique] qualifié de trompeur.
[…] N’en est-il pas un lui-même ? (p. 163) Elle met ainsi fin aux débats
qui commencent à faire rage chez certains de ses proches qui
prennent le parti de l’un ou de l’autre homme de religion. En tentant
d’arrêter le brouhaha, elle exprime son étonnement au sujet de cette
tempête dans un verre d’eau : « Comment ça ? Pourquoi ? Écoutez ça! Il
faudrait maintenant craindre d’être trompé! » (p.163) Les Blancs amènent
la méfiance dans une communauté qui savait jusqu’alors très bien s’en
passer. Le roman raconte tous les conflits de loyauté que vivent les
personnages qui doivent désormais trouver leur place dans les beaux
discours des prêtres et non plus par eux-mêmes.
Les épisodes de tensions entre les Blancs et les Inuits ne sont
toutefois pas au coeur du récit. Le roman n’est pas un ouvrage
historique qui parlent de toutes les horreurs commises par les Blancs au
Nunavik. Sanaaq ne raconte pas, par exemple, les massacres de chiens d’attelage qui se sont déroulés dans les années 50 et 60 dont parle Si le temps le permet. Nappaaluk
termine son roman en abordant les difficultés pour les Inuits de
quitter leur village pour aller se faire soigner au Sud. (La prémisse
du film de Benoît Pilon Ce qu’il faut pour vivre (2008) repose
d’ailleurs sur cette problématique). Le fils de Sanaaq est malade. La
seule chance qu’elle a de l’aider est de prendre le bateau des Blancs
pour retourner avec eux dans leurs villes. Le projet lui déplait : «
Mais ne pourrait-il pas guérir sans avoir à partir ? proteste timidement
Sanaaq. » (p. 220) Effrayée à l’idée de ce voyage, elle se sauve avec
son fils loin du village pour éviter leur départ imminent pour un
hôpital du Sud. Nappaaluk n’explique pas les craintes de son héroïne,
celles-ci vont de soi. D’un point de vue humain, il y a quelque chose de
contre-nature d’accepter que la guérison doive passer par l’éloignement
et le déracinement. Sanaaq est un texte important qui nous raconte, grâce au
regard d’une Inuite, la transition du nomadisme à la création des
premiers villages. Nappaaluk a une situation d’écrivaine particulière,
puisque contrairement aux autres femmes de sa communauté, elle a été
élevée à la chasse comme un garçon en plus d’être formée aux travaux
dits féminins. Toute jeune, elle devait remplacer son père malade pour
aller chercher à manger pour la famille. Son récit va bien au-delà de sa
propre expérience, tout aussi riche et étonnante qu’elle soit. À la
lecture de Sanaaq, il n’y a pas de doute que nous sommes devant
une grande oeuvre littéraire. L’autrice inuite qui n’est pas allée à
l’école et qui n’a pas lu de roman avant d’écrire le sien nous enseigne
une des possibilités essentielles qu’offre la littérature : celle de
donner aux sous-estimés une opportunité de répondre à tous les
jugements injustes qu’on porte sur leur culture. Cette réplique pour
être complète doit passer par le biais de l’imaginaire et de la fiction.
Il lui faut inventer des personnages pour raconter sa communauté de la
manière dont elle désire le faire. La littérature peut dire tant de
choses que les autres discours, qu’ils soient politiques, historiques ou
sociologiques, ne peuvent qu’à peine esquisser. Nappaaluk met tout son
coeur dans sa foi pour la fiction.
À écouter : Thomas Hellman, « Sanaaq, le premier roman inuit canadien », Plus on est de fous, plus on lit!, 12 novembre 2015.
À lire : Caroline Montpetit, « Désert blanc », Le Devoir, 23 novembre 2002.
Il me faudrait une féministe importante mais isolée vu sa position dans la composition. Pour le moment je voie pas trop qui pourrait etre là. J'ai assez peu de féministe asiatique et pas d'océaniennes. Peut etre aussi une féministe inuite car les femmes indigène au canada subissent beaucoup de dominations.
Olivia Lya Thomassie est une Inuite de Kangirsuk
dans le Nord-du-Québec. Il y a 10 ans, elle quittait sa communauté après
la mort de sa mère. Elle vit maintenant à Montréal et est devenue une
jeune femme impliquée pour la défense des droits des Autochtones. Voici
le portrait d'une jeune femme inspirante. Un exemple de résilience et de
détermination.
Un article de Karine MateuOlivia
Lya Thomassie est née à Kuujjuaq en 1998 d'une mère inuite et d'un père
non Autochtone. Elle a grandi à Kangirsuk où elle a vécu avec sa mère,
mais aussi avec sa grand-mère et sa tante, comme c'est la coutume dans
le Grand Nord.
Le père est retourné vivre à Montréal après avoir
cherché en vain du travail dans cette petite communauté de près de
600 habitants. Amoureux du Nord, il souhaitait garder un lien avec sa
famille et revenait la voir chaque année pendant plusieurs mois.
Le père et la mère d'Olivia Lya Thomassie Photo : Gracieuseté
À cette époque, Olivia parlait inuktitut et fréquentait l'école comme la plupart des jeunes de son âge. Le drame
En
2006, un soir de février, un homme avec qui la mère d'Olivia
entretenait une relation houleuse a fait irruption chez elle, fou de
rage et intoxiqué. Il tua sa mère.
Elle avait sept ans et venait
d'être témoin de ce drame. Sa vie venait alors d'être profondément
bouleversée et transformée à jamais.
Cette nuit-là, le téléphone
sonna à Montréal. Le père apprenait la triste nouvelle par un ami et peu
de temps après, les services sociaux lui annonçaient qu'ils avaient
trouvé une famille d'accueil pour sa fille. Offusqué par cette offre, il
leur annonça qu'Olivia allait vivre avec lui.
Hé ho!
C'est ma fille! C'est moi le père! Ensuite, j'ai dû monter dans le
village et j'ai discuté avec la famille et on l'a laissé terminer son
année scolaire à Kangirsuk avec les gens pour ne pas trop la déraciner.
Perdre sa mère et changer de milieu d'un coup, ça faisait beaucoup.
Après, il y a eu une jeune du village qui est venue passer du temps chez
nous, au début, pour ne pas la déraciner.
Olivia Lya Thomassie Photo : Gracieuseté
Une nouvelle vie dans un monde inconnu
L'été
suivant, Olivia allait rejoindre son père, qui ne parlait pas sa
langue, et qui vivait à Montréal, une ville qu'elle connaissait peu.
En
fait, je ne pensais pas que j'allais vivre chez mon père. Je pensais
que j'allais seulement passer l'été et que j'allais revenir au Nord
après. C'est avec le temps que j'ai compris que je n'allais plus vivre à
Kangirsuk pendant un bout. J'étais vraiment triste. Je n'avais pas
beaucoup d'amis. Je me sentais seule.
Olivia et son père
À
son arrivée à Montréal, Olivia commença l'école dans une classe
d'accueil pour les nouveaux arrivants afin d'apprendre le français.
Tranquillement, elle s'est habituée à son nouvel environnement,
surtout grâce aux femmes de l'entourage de son père.
Touchées par le drame vécu par cette jeune enfant, la mère de Patrice, ses soeurs et amies ont offert leur soutien.
L'aide,
c'était ma présence. C'était la préparation des repas. Olivia venait
souvent chez moi et j'allais la chercher à l'école. J'aidais aussi
Olivia avec des activités créatives. On s'amusait, on dessinait. C'était
seulement d'avoir une présence féminine dans la vie de Patrice et
Olivia.
Le procès et le retour à Kangirsuk
Un peu moins de deux ans après la mort tragique de sa mère, Olivia a dû retourner dans le Nord pour le procès du meurtrier.
Âgée
de 10 ans, elle a témoigné contre l'homme qui avait enlevé la vie de sa
mère et raconta les événements de ce soir tragique. C'était la première
fois qu'elle retournait dans le Nord.
On a dû aller à
Kuujjuaq pour deux jours pour le procès. Si ça se passait bien, on
allait retourner dans mon village. Je me sentais mieux, alors on y est
allé. Il [le meurtrier] a eu 25 ans de prison.
Comme
l'explique son père, c'était la première fois qu'un jury inuit
condamnait un des siens à perpétuité en haut du 60e parallèle, et ce,
dans toute l'histoire de la justice québécoise.
Depuis le procès, Olivia est retournée dans sa communauté une à deux fois par année. L'avenir
Aujourd'hui,
Olivia a 17 ans et termine son secondaire cette année. Elle a été
acceptée au Cégep du Vieux-Montréal en Arts, lettres et communication,
où elle fera son entrée en septembre.
Olivia Lya Thomassie Photo : Gracieuseté
Déjà,
elle affirme, après ses études, vouloir retourner dans sa communauté et
y travailler comme journaliste pour la compagnie du Nord, Nunatsiaq
News. Elle aimerait aussi fonder un Wapikoni mobile,
un studio ambulant de création musicale et cinématographique, pour son
village. « Pour que les jeunes puissent avoir un outil pour transmettre
ce qu'ils veulent dire ou des trucs qu'ils voudraient partager »,
dit-elle.
Questionnée sur son identité, Olivia affirme se sentir Inuite avant tout.
Je
me suis toujours sentie Inuite parce que j'ai grandi là-bas et chaque
fois que j'y retourne, on me dit que je fais partie de la famille. Quand
j'arrive ici, on me dit tellement de niaiseries sur les Autochtones que
je ne me sens pas accueillie par les Québécois...
Elle
affirme cependant ne plus parler l'inuktitut, ce qui l'attriste. Elle
doit parler en anglais avec sa famille et ses amis du Nord.
Olivia Lya Thomassie Photo : Gracieuseté
Défendre les droits des Autochtones
La
jeune femme se dit féministe et milite pour défendre les droits des
Autochtones. Elle affirme qu'il y a encore beaucoup de préjugés.
On
me demande encore si je vis dans un igloo et autres choses
énervantes... Au début, ça ne me dérangeait pas, mais là, ça fait 10
ans, je suis tannée [...] Je voudrais aussi que les gens comprennent que
ça blesse.
Olivia
a d'ailleurs participé à deux capsules sur les droits des Autochtones
réalisées par le Centre Montréal Autochtones en collaboration avec
Wapikoni mobile.
Elle
affirme avoir une conscience des enjeux politiques et sociaux à cause
de son passé et des valeurs que son père lui a transmises. Celui-ci le
confirme. Patrice Rocheleau a toujours voulu que sa fille soit fière de
ses origines.
Je voulais qu'elle soit argumentée,
parce que je voulais qu'elle soit capable de se défendre. Je ne peux pas
toujours être là et lorsqu'elle se promène dans la vie, il faut qu'elle
soit capable d'être porteuse de sa défense et de la défense de sa
nation. Avec le temps, elle m'a vu aller et elle a pris la relève. Elle a
le bagage.
Des solutions...
Olivia
croit qu'il y a beaucoup à faire pour éviter que des drames comme celui
qu'a connu sa mère se produisent, mais qu'il y a des solutions.
« Je
crois que s'il n'y avait pas eu des problèmes d'éducation ou des
problèmes de racisme systémiques, je suis sûre qu'il n'y aurait vraiment
pas beaucoup de femmes autochtones disparues ou assassinées. Si on
offrait à ces personnes-là de l'aide, comme des ressources ajustées à
leur mode de vie, par exemple... Au Nord, il y a des psychologues, il y a
des infirmiers, mais ils sont blancs, Québécois, ils ne parlent pas la
langue et ils ne connaissent pas la réalité des gens qui vivent
là-bas », estime-t-elle.
Elle constate aussi que de plus en plus
de jeunes se prennent en main. « Je vois de plus en plus de jeunes qui
veulent du changement et je vois des amies qui veulent continuer les
études ou les reprendre, qui vivent beaucoup plus en santé et qui font
du sport », dit-elle.
Olivia Lya Thomassie et d'autres enfants du village de Kangirsuk Photo : Gracieuseté
Son
père, Patrice Rocheleau, croit aussi que les gens sont plus ouverts à
entendre la réalité des Premières Nations. Il voit aussi d'un bon oeil
les mesures annoncées par le gouvernement fédéral.
« Moi, j'ai
confiance. L'ère Harper est partie. Harper qui ne voulait rien savoir
des Premières Nations... Là, au moins, il y a quelqu'un qui est
intéressé à ce qui se passe de quoi [sic]. On verra ce que ça donnera
comme résultats, mais il y a une ouverture. Les gens veulent se parler,
dialoguer et il [le gouvernement] leur laisse la parole. Ce n'est pas le
gouvernement Trudeau qui va décider ce que les Autochtones ont besoin.
Les Autochtones vont se rencontrer et vont décider ce qu'ils veulent
pour répondre à leurs besoins, sortir de cette crise-là », conclut-il.
Ou alors Viviane Michel, présidente de Femmes autochtones du Québec
C'est pour exiger la tenue
d'une commission d'enquête nationale sur les causes de la disparition et
du meurtre de femmes autochtones que des manifestations seront tenues
samedi dans plusieurs villes du Canada, dont Montréal, et aussi ailleurs
dans le monde.
Les manifestants réclament également aux gouvernements un plan d'action national pour venir en aide aux femmes autochtones.
Selon Viviane Michel, présidente de Femmes autochtones du Québec, il est
primordial que les femmes, les familles et les communautés autochtones
puissent être entendues dans le cadre d'une commission. Elle ajoute que
«comprendre les racines profondes de la discrimination systémique à
laquelle font face les femmes autochtones est un devoir pour faire
respecter leur dignité et leur sécurité».
Béatrice Vaugrante, directrice générale d'Amnistie internationale Canada
francophone, souligne de son côté que de nombreuses tribunes de l'ONU,
des États-Unis et du Royaume-Uni ont demandé au Canada de mettre fin à
la violence faite aux femmes autochtones. Selon elle, il s'agit du
dossier le plus lourd en matière de droits de la personne auquel doit
faire face le Canada, et il est inacceptable que le gouvernement n'en
reconnaisse pas l'ampleur et n'agisse pas.
Des données de la GRC publiées cette année révèlent que les femmes et
les filles des Premières Nations, les Métisses et les Inuit sont plus à
risque que tout autre groupe de femmes au Canada. À titre d'exemple,
1017 femmes et filles autochtones ont disparu ou ont été assassinées
entre 1980 et 2012. De plus, on est toujours sans nouvelles de 105
femmes qui ont disparu dans des circonstances inexpliquées ou suspectes.
Au cours de la dernière décennie, alors que le taux d'homicide est en
baisse partout au Canada, le nombre de femmes et de filles autochtones
assassinées est six fois plus élevé que chez les non autochtones.
À Montréal, plusieurs organisations ont lancé un appel à la mobilisation
pour participer à la vigile, samedi soir, dont la Fédération des femmes
du Québec.
Comme Butler devrait etre en 7, je pense qu'Audre Lorde ne devrais pas etre loin car elle fait partie des théoricienne de la performance du genre. 20 et 21 pourraient etre des féministes queer LBTI.
J'ai trouvé le titre. Mieux que l'école d'Athéna, L'Athénée des Femmes est le titre d'un revue féministe Saint-Simonnienne crée par Eugénie Niboyet en 1834.Ci dessous elle est portraituré par Nadar.
A la place du personnage qui pourrait etre Hypatie je voudrais mettre un·e trans-féministe racisé·e. Peut etre Marsha P.Johnson si elle était féministe ou Laverne Cox qui l'est.
Ielle jouxterais Bell hooks qui pourrait être en N°7.
Hypatie n'est pas une féministe à proprement dit, même si ces actions et son martyre par les chrétiens ainsi que sa récupération par ceux ci sous le personnage de Sainte Catherine (celle des Catherinettes!) peuvent tout de même faire d'elle une féministe.
Si je fait figuré Hypatie c'est plutot du coté droite où se trouverons les scientifiques et pionnières.